And buna tinish sucwar
And buna tinish sucwar, un café et un peu de sucre, Éthiopie 2008
10 janvier. Chez nous 0°C, là bas, la saison sèche.
J’arrive, 22 heures et 25 minutes, 14°C, temps dégagé, altitude: 2400 mètres, à Bole Airport of Addis
Abeba. ça sonne un peu comme «baobab», mais pas de cliché! ça y est, j’y suis, les moustiques, les bêtes, petites
qui sont grosses, et les grosses… Mon père me disait parfois de prendre sur moi, à une époque à laquelle
on ne comprend pas bien ce que l’adolescence vient faire dans notre vie. Je suis adulte maintenant. Prendre
sur soi.
Je réussis par chance à trouver la file pour les visas parce que je ne suis pas du genre rapide pour les
formalités. Un blanc s’allume une cigarette, là, dans le hall. Un blanc, des blancs, des noirs, et surtout des
cafés au lait, juste un peu plus café que lait, quoique. No French. Un groupe de musulmans est assis à l’entrée
du poste de douane. Les femmes, entre elles, enroulées dans un millefeuille de tissus, gardent des tas de sacs
plastique remplis de théières plaquées or. Elles ont chaussé leurs chaussettes dans leurs tongs, ce qui m’apparaît
alors comme une manifestation de bon sens, elles attendent.
Après une bonne heure de formalités: tampon-papier-carbone-duplicata-signature-tampon-signature,
le douanier me sort de ses dents éblouissantes: «you arre bioutifoule», j’interprète un «bienvenue» réservé
à toutes les peaux blanches de sexe féminin. J’esquisse un sourire de mes dents demi-portion, je suis admise
en République Fédérale Démocratique d’Éthiopie.
An buna tinish sucwar, est un road movie très personnel en Ethiopie, c’est aussi une des premières
phrases que j’y ai apprise, sous peine de devoir boire un breuvage hautement énergétique, incompatible avec
le mode de vie du voyageur, à qui tout échappe. Cette série ne prétend pas être une repésentation objective de
ce pays singulier, mais davantage un regard abasourdi tentant de comprendre et de traduire.